Aller au contenu

La prévention en santé : un bel outil qui reste à déployer !

prévention santé

La politique sanitaire a longtemps été centrée sur le curatif, c’est-à-dire l’aspect traitement et guérison des maladies. Le préventif en matière de santé vise à éviter la survenue de certaines maladies grâce à la mise en place de mesures et d’actions. Le Plan priorité prévention1, élaboré depuis 2018, s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de santé. Chez Dépist&vous, nous adhérons à 100 % à cette volonté. Mais les moyens actuels sont-ils suffisants ?

Les moyens déployés pour la prévention santé en France

Un budget prévention en santé en léger progrès…

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) statue sur le budget des dépenses de santé. Une part de plus en plus importante du budget est dédiée à la prévention.

Les chiffres des dernières années sont biaisés en raison de la crise sanitaire survenue en 2020. Cependant, si on écarte les dépenses de prévention liées à la lutte contre l’épidémie COVID, le budget prévention s’élèvent à 5,5 milliards d’euros en 2021, avec une augmentation de 3% par rapport à l’année précédente2.

… mais qui reste minime par rapport au budget global

Le mot prévention est venu compléter l’intitulé du Ministère de la Santé depuis mai 2022, preuve d’une volonté politique de positionner la prévention en santé à une place importante ces prochaines années.

Toutefois, même si les sommes se comptent en milliards et peuvent sembler vertigineuses, la part allouée à la prévention ne représente que 3 % du budget total de la Sécurité Sociale.

Les dépenses liées à la prise en charge des maladies

Le cancer fait partie des 3 pathologies en forte expansion en France, avec le diabète et les maladies cardiovasculaires. À elles seules, ces 3 pathologies mobilisent un quart des dépenses annuelles de l’Assurance Maladie avec près de 50 milliards d’euros en traitements curatifs.

En 2017, un rapport établi par le cabinet Asterès3 a permis d’analyser au plus près le coût annuel du cancer en France. Il en ressort qu’en 10 ans (entre 2007 et 2017), les coûts de cette pathologie sont passés de 12,5 à 18,3 milliards d’euros par an, soit près de 6 milliards supplémentaires.

La notion de « coûts du cancer » n’inclut pas seulement les dépenses en soins. Elle implique aussi les coûts des politiques de prévention, de la recherche publique et une estimation des pertes économiques.

Un constat sous un angle économique

Des chiffres déroutants

Toujours selon le rapport du cabinet Asterès de 2017, les pertes de revenu économique des entreprises se chiffrent à 771 millions d’euros par an. Cette somme reflète une estimation du coût des arrêts de travail et de la perte de production liée à l’absence des salariés concernés par un cancer.

Un autre chiffre est très évocateur : 1 personne sur 5 ne travaille plus 5 ans après le diagnostic du cancer et près de 2/3 des personnes en emploi au moment du diagnostic bénéficient d’un temps partiel thérapeutique 5 ans après.

Le rôle des entreprises dans la prévention

Au regard des constats précédents, les entreprises ont une véritable carte à jouer auprès de leurs collaborateurs en agissant pour leur santé et leur bien-être au travail.

Une étude européenne de 2013 a étudié le rapport coût-efficacité de plusieurs types d’interventions axées sur la promotion de la santé mentale et la prévention des troubles mentaux en milieu de travail. Il en ressort qu’un euro investi dans la prévention peut générer un bénéfice économique net d’environ 13 euros par an pour l’entreprise4.

Une illustration avec le cancer colorectal

L’incidence et la mortalité du cancer colorectal pourraient diminuer avec l’augmentation de la participation au programme national de dépistage.

À titre d’exemple, 6 600 décès par an d’un cancer colorectal pourraient être évités si le taux de dépistage atteignait 65%5. Cela signifierait également 200 millions d’euros d’économies.

Une étude de 2008 a montré que la prise en charge du cancer colorectal par l’assurance maladie coûte 17 000 euros par an et par patient au stade 1, et passe à 36 000 € au stade 4.

 

L’amélioration de la prévention figure parmi les 4 axes d’intervention de la stratégie décennale 2021-2030 de lutte contre les cancers. L’augmentation du dépistage permettrait une meilleure maîtrise des coûts non seulement liés aux soins, mais également d’un point de vue économique pour les entreprises.

 

Sources

  1. Plan priorité prévention

https://sante.gouv.fr/systeme-de-sante/strategie-nationale-de-sante/priorite-prevention-rester-en-bonne-sante-tout-au-long-de-sa-vie-11031/

2. DREES https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-04/CNS2022MAJ280423.pdf

3. Asterès

https://asteres.fr/site/wp-content/uploads/2020/02/ASTERES-CANCER-FEV-2020-compresse.pdf

4. Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail

https://osha.europa.eu/sites/default/files/597%20calculating-the-cost-of-work-related-stress-and-psychosocial-risks%20-%20FR.pdf

5. Oncorif

https://www.oncorif.fr/le-cancer-colorectal-eviter-plus-de-6-500-deces-par-an/

6. Clerc L, Jooste, V., Lejeune, C., Schmitt, B., Arveux, P., Quantin, C., Faivre, J. and Bouvier, A. M. 2008. Cost of care of colorectal cancers according to health care patterns and stage at diagnosis in France. Eur J Health Econ. 9