Longtemps, le cancer a été perçu comme une maladie principalement liée à l’âge ou à la malchance. Pourtant, une étude publiée par la Drees en juin 2026 montre une réalité plus nuancée : si le nombre global de cancers est relativement similaire entre les catégories sociales, les formes les plus graves et les plus tardivement diagnostiquées touchent davantage les populations les plus modestes.
Pour les directions des ressources humaines, cette conclusion est essentielle. Elle rappelle que les inégalités de santé existent aussi au sein des entreprises et qu'elles peuvent avoir des conséquences importantes sur l’absentéisme, le maintien dans l’emploi, l’engagement des collaborateurs et la performance collective.
Le cancer ne touche pas tous les salariés de la même manière
L’étude met en évidence des écarts significatifs selon les types de cancer :
- Les cancers du poumon sont beaucoup plus fréquents chez les personnes aux revenus les plus faibles.
- Les cancers du sein et de la prostate sont davantage diagnostiqués chez les populations les plus aisées.
- Les salariés les plus modestes développent plus souvent des cancers à mauvais pronostic.

Le véritable enjeu : la gravité au moment du diagnostic
L’un des résultats les plus marquants de l’étude concerne le stade auquel les cancers sont détectés.
Les personnes les plus modestes présentent :
- un risque deux fois plus élevé de développer une forme particulièrement agressive ;
- davantage de cancers métastatiques au moment du diagnostic ;
- un diagnostic souvent réalisé plus tardivement malgré une apparition plus précoce des cancers.
Autrement dit, l'inégalité ne porte pas seulement sur le risque de développer un cancer, mais aussi sur les chances de le détecter suffisamment tôt pour maximiser les possibilités de guérison. Or, dans la plupart des cancers, la précocité du diagnostic est un facteur déterminant de guérison et de survie.
Le dépistage des cancers : un levier majeur encore sous-utilisé
L’étude montre que les écarts sont particulièrement importants pour les cancers faisant l’objet de programmes de dépistage.
Les personnes les plus aisées recourent davantage aux dispositifs de prévention et de dépistage. À l’inverse, les personnes les plus modestes ont tendance à être diagnostiquées à un stade plus avancé.
Les raisons sont multiples :
- manque d’information ;
- contraintes professionnelles ou personnelles ;
- difficultés d’accès aux soins ;
- renoncement aux démarches préventives.
Pour les entreprises, cette réalité ouvre un champ d’action concret.
Réduire les inégalités passe par un dépistage des cancers plus accessible
Ces résultats invitent à dépasser une vision fataliste du cancer.
Bien sûr, l'âge et certains facteurs biologiques jouent un rôle important. Mais l'étude montre que les conditions sociales influencent aussi la probabilité de développer certains cancers, leur gravité et leur stade au moment du diagnostic.
La bonne nouvelle est que ces inégalités ne sont pas une fatalité. Renforcer l'information, faciliter l'accès au dépistage et développer des actions de prévention ciblées constituent des leviers concrets pour permettre à chacun de bénéficier des mêmes chances face à la maladie.
Lorsqu'un cancer est détecté tôt, les perspectives de traitement et de guérison sont considérablement améliorées et c'est précisément sur ce terrain que se jouent aujourd'hui les plus importantes inégalités de santé.
Pourquoi les DRH sont directement concernés ?
Le cancer représente aujourd’hui l’une des premières causes d’arrêts de travail de longue durée. Au-delà des enjeux humains, ses conséquences organisationnelles sont importantes :
- absences prolongées ;
- désorganisation des équipes ;
- difficultés de retour à l’emploi ;
- risque accru de désengagement ou de rupture de parcours professionnel.
Les politiques de santé au travail peuvent contribuer à réduire ces risques en agissant en amont. La prévention ne relève plus uniquement du système de santé : elle devient également un enjeu RH et managérial.
Vers une approche plus inclusive de la santé au travail
L’enseignement principal de cette étude est clair : les inégalités face au cancer ne sont pas une fatalité biologique. Elles sont largement influencées par l’accès à la prévention, au dépistage et à l’information.
Pour les DRH, cela représente une opportunité majeure. En intégrant la prévention santé dans leur stratégie RH, ils peuvent non seulement améliorer le bien-être des collaborateurs, mais aussi contribuer à réduire des inégalités qui se traduisent concrètement par des parcours professionnels fragilisés.
La santé au travail ne consiste plus seulement à prévenir les risques professionnels. Elle consiste aussi à permettre à chaque salarié, quel que soit son statut social, d’accéder aux mêmes chances de prévention, de diagnostic précoce et de maintien dans l’emploi.
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